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Qui a tué nos villages ?

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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 17:23

Portugal – Depuis l’arrivée au pouvoir, en 2015, de la coalition de gauche emmenée par le Premier ministre Antonio Costa, le Portugal connaît une

embellie économique sans précédent depuis la crise de 2008. S’appuyant sur une logique de relance de la consommation aux antipodes de la doxa marquée par l’austérité imposée par Bruxelles, le cas portugais est-il la preuve qu’une autre logique économique est possible ? Éléments de réponse avec l’économiste Frédéric Farah. Interview.


 

Mr Mondialisation : Bonjour Frédéric Farah. Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Mr Mondialisation ?


 

Frédéric Farah : Je suis économiste, j’enseigne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Chercheur affilié au laboratoire PHARE, je suis aussi l’auteur, avec Thomas Porcher, de deux ouvrages, Tafta l’accord du plus fort, éditions Max Milo en 2014, et d’Introduction inquiète à la Macron-économie aux éditions les petits matins. J’ai également rédigé l’Union européenne la grande liquidation démocratique, un livre très largement consacré à la Grèce, mais aussi au Portugal et à l’Italie. Le sud de l’Europe m’intéresse tout particulièrement.


 

Mr. M : La presse parle depuis quelques temps d’une embellie économique singulière au Portugal, qu’en est-il ?


 

F.F : Oui, l’embellie est manifeste. Elle s’explique par la rupture avec l’austérité qui a conduit l’Europe à connaître un second plongeon, après celui de 2008. La réussite du Portugal s’observe à partir de quatre indicateurs : la réduction du déficit budgétaire, une des meilleures croissances de la zone euro, un chômage en recul et enfin un retour des investisseurs. Le Portugal a réduit son déficit public à 2,1 % en 2016 ; il a été autour de 1,5 % en 2017 et s’affiche désormais à 0,9 %. Les mesures mises en œuvre ont pris à rebours les recommandations de l’Union européenne, dont les choix consistent à faire payer le prix de la crise de 2008 et ses conséquences sur les classes populaires. Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, passant de 505 à 557 euros. Cette augmentation s’est traduite par la réduction des cotisations des employeurs de 23 % à 22 %.


 

Dans la foulée, un soutien à la consommation a été accordé par l’augmentation des retraites et des allocations familiales. Sur le plan juridique, le droit du travail a cessé d’être démantelé. Les plus modestes ont connu des baisses d’impôts et le pays a mis fin aux privatisations d’infrastructures et de services publics. Les coupes dans les revenus des fonctionnaires ont également été abandonnées tandis que le retour aux 35 h était adopté pour cette catégorie d’actif. Après avoir atteint un pic il y a cinq ans, le chômage est passé de 16 % des actifs en 2013 à 6,7 % aujourd’hui. La croissance en 2017 a dépassé les 2,5 %. On retrouve ici un soutien classique à la demande dans une logique d’inspiration keynésienne. La dépense publique soutient la consommation, surtout de ceux qui ont une tendance plus forte à consommer. Par ce biais, l’effet est double : d’une part l’État distribue du pouvoir d’achat en soutenant l’activité économique ; d’autre part, les agents voyant leurs revenus augmenter consomment davantage.


 

À ces mesures de relance de la consommation, il faut ajouter une embellie des structures productives portugaises, grâce au renouveau d’industries orientées à l’export telles que l’automobile, les chaussures ou le textile. On assiste à des phénomènes de relocalisation, avec des entreprises qui, autrefois parties à l’est de l’Europe, reviennent au pays. En même temps que la demande reprend des couleurs, les investisseurs regagnent le Portugal car il y a un marché qui est plus dynamique. Il faut aussi souligner la bonne santé du tourisme qui vient compléter l’édifice ainsi qu’une fiscalité favorable pour attirer les investisseurs et les retraités de l’ensemble du continent.


 

Mr. M : Le média pro-libéral et polémiste Contrepoint attribue cette embellie aux mesures d’austérité prises par l’ancien gouvernement. Qu’en pensez-vous ?


 

F.F : Les défenseurs de l’austérité ont un discours ayant pignon sur rue, affublé d’un langage technique parfois trompeur, mais ils se retrouvent ici, battus dans les faits. Les mesures d’inspiration Keynésienne ont clairement montré qu’en phase de ralentissement, elles sont plus aptes à relancer l’économie d’un pays. L’austérité et l’expansion économique ne vont pas de paire. Le cas du Portugal est en cela significatif. Le Portugal a vu sa dette publique augmenter de 75,6 milliards d’euros entre 2008 et 2012. Le pays est passé sous contrôle de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fond monétaire internationale) en mars 2011. Un plan d’ajustement est alors engagé à hauteur de 78 milliards d’euros en échange de transformations structurelles : flexibilisation et réduction du coût du travail, concurrence accrue sur le marché des biens et services, austérité budgétaire. Les 78 milliards versés au Portugal n’ont servi qu’à honorer d’autres créanciers, mais n’ont en rien répondu aux besoins de l’État portugais (faible croissance, chômage en hausse, creusement du déficit).


 

Aujourd’hui, l’austérité a été défaite et l’économie se porte mieux. Ainsi, le cas portugais illustre à sa manière, la faillite intellectuelle et politique d’une partie des élites européennes. Elles prescrivent des remèdes qui ne fonctionnent pas et s’acharnent à les mettre en œuvre pour des résultats médiocres. Il est savoureux de lire, dans les recommandations 2018 du semestre européen pour le Portugal, la Commission admettre que l’augmentation du SMIC n’a pas d’effet négatif sur la création d’emplois ; j’imagine combien il fut difficile pour les fonctionnaires européens de l’écrire.


 

Par Frédéric Farah : économiste, enseignant à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Lire la suite sur MrMondialisation


 

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