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Sous les pavés, Orange

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:26

 

Dans la foulée de la grave crise économique qui tétanise leur pays depuis 2009, les Portugais subissent des mesures d’austérité draconiennes. Au premier rang des éclopés : les enfants, les personnes âgées… et les femmes.

Jusqu’en 2011, Maria*, une Portugaise de 42 ans, travaillait pour une multinationale avec son mari. Du jour au lendemain, tous deux ont perdu leur emploi et se sont retrouvés au chômage. Incapables de continuer à rembourser leur prêt hypothécaire, ils ont été évincés de leur maison avec leurs trois enfants.


Sans toit, Maria, son homme et leurs enfants sont allés vivre avec les parents de celui-ci, qui ne roulaient pas sur l’or. Après avoir usé toutes les ressources disponibles, la mère de famille a décidé de se prostituer dans une maison close en banlieue de Lisbonne, à l’insu de son mari. « Maria a très mal vécu l’expérience. Elle est internée dans un hôpital psychiatrique pour dépression grave », raconte Inês Fontinha, directrice de l’ONG portugaise O Ninho (« Le nid »), qui vient en aide aux « travailleuses du sexe ». Elle affirme que depuis 2010, de plus en plus de femmes de la classe moyenne, âgées de 30 à 40 ans, s’adonnent à ce qu’elles nomment le travail du sexe faute d’option pour joindre les deux bouts.

Les ricochets de l’austérité

Durement touchées par la crise économique, plusieurs entreprises ont licencié du personnel ou ont carrément fermé au Portugal ces dernières années. Le taux de chômage a constamment augmenté, atteignant un taux record au premier trimestre 2013 de près de 18 % (41 % chez les 15-24 ans), selon les chiffres du gouvernement.


Parallèlement, pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds internationaux,le gouvernement portugais a adopté des mesures d’austérité draconiennes. D’une part, le prix de l’électricité, du gaz, des transports publics, des consultations médicales ainsi que les taxes sur les produits et services ont grimpé en flèche. De l’autre, les allocations sociales ont été comprimées.


Du coup, les maladies psychologiques n’affectent pas que les femmes se livrant à contrecœur à la prostitution. Médecin de famille dans le système public, à Cascais, à une quarantaine de kilomètres du centre de Lisbonne, André Biscaia a constaté une hausse des problèmes psychiques chez les Portugais en général ces dernières années. La consommation d’alcool, d’antidépresseurs et d’anxiolytiques a aussi augmenté, souligne-t-il.


« En revanche, le taux de natalité a chuté. Avant, je suivais 15 ou 16 femmes enceintes à la fois; en ce moment, j’en ai 5 ou 6. »Le médecin dit par ailleurs voir réapparaître des comportements disparus depuis 20 ans : des mères diluent le lait maternisé pour bébés avec plus d’eau que recommandé, d’autres donnent du lait de vache à leur nouveau-né.

La faim qui menace

Ces économies de bouts de chandelle, Marli Rosa en est témoin au quotidien. Travailleuse sociale dans un quartier dit difficile de Lisbonne, Carnaxide, elle estime que la situation n’était pas rose, mais que depuis deux ou trois ans, elle est devenue dramatique. Directrice de l’ONG Projecto Familia Global, qui vient en aide à 213 familles du quartier, la Portugaise de 26 ans donne l’exemple d’une famille de deux adultes et sept enfants qui recevait 1 000 euros (1 403 $ CA) par mois. Depuis le début de l’été, l’allocation sociale publique a été réduite à 400 euros (561 $ CA). « Ces gens peinaient à satisfaire leurs besoins de base. Comment vont-ils survivre maintenant? » s’interroge-t-elle, impuissante. Sans la nourriture que son ONG leur fournit gratuitement grâce au Banco Alimentar, la plus grande banque alimentaire d’Europe (elle distribue chaque jour 44 tonnes de nourriture), Marli Rosa ignore comment ces gens subsisteraient.


Depuis la crise et les mesures d’austérité qui l’ont accompagnée, nombreux sont les Portugais qui ne mangent pas à leur faim, ou qui doivent choisir entre se nourrir et acheter un médicament, selon Isabel Jonet, directrice bénévole du Banco Alimentar où elle travaille depuis 21 ans. Les quelque 300 associations caritatives et 20 banques alimentaires portugaises que l’organisme approvisionne en nourriture ont vu leur demande croître exponentiellement, rapporte-t-elle.


Celle que le Jornal de Negóciosa nommée en 2012 la femme d’affaires la plus puissante du pays estime qu’un tiers des bénéficiaires du Banco Alimentar sont des enfants. Les personnes âgées, notamment les veuves, sont également surreprésentées. «  Un million d’aînés survivent avec moins de 280 euros (393 $ CA) par mois et plusieurs vivotent avec moins de 215 euros (302 $ CA) », souligne Isabel Jonet.

Féministes en première ligne

En réaction aux effets de la crise, et à sa gestion, des féministes ont participé à toutes les manifestations nationales anti-austérité organisées par les syndicats. Avec la branche portugaise de la Marche mondiale des femmes (MMF), les féministes de l’União de Mulheres Alternativa e Resposta(UMAR) ont rédigé le manifeste Nous ne paierons pas pour votre crise. Douze pays européens ont signé le document de la plus grande et ancienne association féministe portugaise, qui compte 600 membres.


« Si les femmes ne sont pas représentées dans les instances, pourquoi paieraient-elles pour les mauvaises décisions prises? »demande Ana Cansados, qui travaille à l’UMAR. Depuis plusieurs années, l’organisation étudie et documente les effets de la crise sur les femmes. « Nous avons noté une hausse de la violence conjugale ces dernières années, affirme l’activiste de 32 ans. Plus les hommes sont au chômage, plus il y a de risques qu’ils boivent et soient violents avec leur conjointe. »Ana Cansados en sait quelque chose : l’UMARgère quatre centres d’accueil pour femmes victimes de violence conjugale.


« Les femmes sont les premières licenciées et les dernières embauchées. Elles sont plus nombreuses à occuper des postes à temps partiel, bénéficiant ainsi de moins d’avantages sociaux. »


« Les femmes sont les premières licenciées et les dernières embauchées, note la militante. Elles sont plus nombreuses à occuper des postes à temps partiel, bénéficiant ainsi de moins d’avantages sociaux. »À la maison, les Portugaises travaillaient déjà 3,3 heures de plus par jour que les hommes. Les compressions draconiennes dans les systèmes de santé et d’éducation alourdissent davantage leur charge.

Actions symboliques, retombées réelles La suite sur Gazette des femmes

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