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Républicaine donc de Gauche, parce que "capitalisme, libéralisme,mondialisation économique" sont antagonistes avec notre devise "liberté, égalité,fraternité" ;la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen ; le préambule de la constitution de 1946 ; la déclaration de Philadelphie et le Conseil National de la Résistance.

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LETTRE AUX JOURNALISTES DONT J'ÉTAIS...

 

 

Certains journalistes se sentent attaqués par Jean-Luc Mélenchon. Il y a méprise. Ce que nous attaquons, c'est le système médiatique actuel. Ne confondez pas l'employeur et l'employé. Journalistes, j'ai été l'un d'entre vous. Voici la lettre que voulais vous lire.

 

Lettre aux journalistes dont j'étais...

 

J'ai épousé le journalisme plein d'idéaux, je l'ai quitté plein d'idées noires.

Hier matin, je discutais avec une journaliste de Perpignan de la venue de Jean-Luc Mélenchon dimanche. « Je ne l'aime pas. Il crache trop sur les journalistes », se plaignait-elle.

Non, madame, Jean-Luc ne crache pas sur les journalistes, il crache sur la façon dont est aujourd'hui exercé ce métier. J'ai moi-même été journaliste pendant dix ans. Formé au CFJ par, entre autres, des journalistes du Canard Enchaîné, l'un des rares journaux dont on peut dire qu'ils sont indépendants, qu'on l'apprécie ou pas.

 

Dans ma chambre de bonne, j'avais affiché une reproduction de la une de l'Aurore du 13 janvier 1898. C'était le « J'accuse... ! » d'Emile Zola, un pamphlet destiné au Président de la République de l'époque, à propos de l'affaire Dreyfus. Le capitaine Dreyfus, dont le seul tort fut d'être juif à une époque où l'antisémitisme était prégnant, était alors condamné au bagne. Et le véritable traître, le commandant Esterházy, venait d'être acquitté en conseil de guerre alors que l'état-major avait les preuves de sa culpabilité. Oui, comme Zola, j'espérais qu'un jour ma plume puisse se révolter, dénoncer les injustices ou, tout au moins, révéler quelques vérités.

 

Ce fut, sans aucun doute, les mêmes idéaux qui animèrent ceux qui fondèrent les grands journaux d'aujourd'hui. Tous des journalistes, tous engagés dans des combats politiques. Il y eut ces journalistes issus de la Résistance et qui donnèrent naissance par exemple aux quotidiens Le Monde, Le Parisien - Aujourd'hui en France (qui s'appelait à l'époque Le Parisien libéré), Midi Libre, Sud-Ouest... ou encore à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. On pourrait citer aussi Le Point et L'Express, fondés aussi par des journalistes engagés ; Libération, né sous l'égide de Jean-Paul Sartre. Quant à notre Indépendant catalan, il fut fondé par François Arago, républicain convaincu qui menait un combat politique contre la Monarchie de Juillet.

 

Tous ces journaux furent des étendards de la libre pensée politique, que l'on partage ou pas les idées qu'ils défendaient. Aujourd'hui, que sont devenus ces espaces d'expression ? On y recopie les mêmes dépêches AFP, les mêmes communiqués de presse glorifiant leurs expéditeurs, les mêmes rumeurs issues d'Internet sans en vérifier la véracité. On y écrit des articles à la chaîne, sans prendre le temps de recouper les informations, sans enquêter, sans prendre de recul. Chaque jour, certains surjouent l'indignation, pour faire « comme Zola », tout en oubliant totalement ce qui les avait choqué la veille. Ce ne sont pas les journalistes eux-mêmes qui sont en cause, mais la structure même de la presse qui les oblige à travailler de cette façon.

 

Car aujourd'hui, les journaux n'appartiennent plus aux journalistes, mais à des hommes d'affaires pas toujours fréquentables, à des sociétés de gestion plus soucieuses de leurs bénéfices que de la circulation de l'information. Alors on diminue les effectifs et les rémunérations des pigistes, on pousse les anciens vers la sortie pour embaucher des jeunes, plus malléables et moins onéreux, on coupe dans les budgets de sorte que certains sujets deviennent impossibles à traiter, on fait pression pour que les articles ne maltraitent pas tel ou tel annonceur afin de ne pas se priver de revenus publicitaires, ou tel ou tel appui politique, non pas pour des raisons idéologiques mais pour sauvegarder quelques avantages fructueux.

De plus en plus souvent, les journaux ne financent plus les voyages des journalistes. Ce sont des entreprises ou des partis politiques qui « invitent », parfois très généreusement. Ceux-là, pas question de les attaquer, ou alors très mollement. On ne mord pas la main qui vous nourrit.

 

Quand j'ai démarré ma carrière, plein d'idéaux comme je l'écrivais au début de cet article, j'ai d'abord écrit sur des sujets que j'estimais nobles : le travail difficile de certaines associations, des luttes sociales qui me semblaient justes... J'ai déchanté une première fois quand un grand quotidien soi-disant « de gauche » me proposa environ 500 francs pour un reportage qui m'avait demandé trois semaines de travail (reportage qui, d'ailleurs, passa dans ledit journal deux ans plus tard, mais sous une autre signature que la mienne...). Une deuxième fois quand une enquête sur la politique sociale d'un service public bien connu (plusieurs centaines d'emploi étaient menacés à court terme, des milliers à moyen terme. Pas toujours de façon « licite » puisqu'il était prévu d'exercer une pression morale sur certaines catégories de travailleurs) fut refusée par plusieurs « grands » journaux, non pas que mon travail fut mis en cause, mais parce que le sujet risquait de déranger. « Tu as fait un super boulot », m'avait dit un journaliste du Monde, « mais si tu sors ça, tu es grillé à vie »...


Alors j'ai fait comme de nombreux journalistes : de l'alimentaire ! Jusqu'au jour où j'en ai eu marre que des patrons de presse m'ordonnent de réécrire blanc alors que j'avais écrit noir, marre de voir des pigistes crever la dalle (la pige est encore moins payée aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1996, lorsque j'ai débuté) et donc obligés d'accepter de rédiger tout et n'importe quoi le plus vite possible, marre de constater que la valeur d'un article n'est plus définie par sa qualité en terme d'informations, mais par son rapport qualité-prix. Par Axel Belliard/ la suite sur WMaker

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